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Naissance et développement

Horloge de voyage d'Abraham-Louis Breguet vendue à Napoléon Bonaparte en 1796 (nouvelle fenêtre)

Horloge de voyage d'Abraham-Louis Breguet vendue à Napoléon Bonaparte en 1796. Elle indique la date avec nom du jour de la semaine et du mois ainsi que les phases de la lune.© Swiss National Museum LM-71987

S'il paraît aujourd'hui presque impossible d'imaginer la Suisse sans ses montres, il faut cependant avoir à l'esprit que l'histoire d'amour qui unit les Helvètes à l'horlogerie n'est pas si ancienne et qu'après moult vicissitudes, elle a bien failli se terminer dans la seconde partie du XXème siècle.

Les nations pionnières en matière de montres et d'horloges furent l'Italie, l'Allemagne, la France, l'Angleterre et les Pays-Bas. La production y fut encouragée par les goûts de luxe des têtes couronnées et les besoins des scientifiques et explorateurs, au premier rang desquels les marins, pour qui la montre était un instrument indispensable pour déterminer la longitude en mer. Sans aristocratie ni tradition maritime, plus réputés pour leur austérité que pour des goûts extravagants, les Suisses n'avaient a priori aucune raison de se lancer dans l'horlogerie. Et pourtant...

Les premières années

On avance en général deux grandes raisons pour expliquer la naissance de l'horlogerie en Suisse et plus particulièrement à Genève. La première s'appelle Jean Calvin. Avec ses règles d'austérité qui bannissaient les démonstrations de richesse et donc le port de bijoux, le grand réformateur incita les orfèvres à se reconvertir dans l'horlogerie. La deuxième remonte à 1685, date à laquelle les Protestants de France (appelés Huguenots) furent chassés de leur pays et se réfugièrent en nombre à Genève. Habiles artisans, ce sont eux qui importèrent en Suisse le savoir-faire horloger ainsi que des capitaux nécessaires à la nouvelle industrie.

Devenue ville horlogère, Genève demeura le centre névralgique de fabrication et de commercialisation des montres après son entrée dans la Confédération en 1815, mais l'activité se répandit ailleurs en Suisse, en particulier dans le canton de Neuchâtel.

Certains artisans suisses s'expatrièrent parfois pour étudier ou faire valoir leurs compétences à l'étranger. Le plus célèbre d'entre eux est Abraham-Louis Breguet (1747-1823), né à Neuchâtel, qui fit carrière à la Cour de Versailles et s'installa à Paris après avoir séjourné à Londres. Breguet est considéré par certains comme le plus grand horloger de tous les temps. Il a inventé d'importants dispositifs comme le tourbillon (qui annule les écarts de marche dus à la gravité) ou la montre-bracelet et perfectionna le système de montre automatique développé par le neuchâtelois Abraham-Louis Perrelet.

Développement de l'industrie

Les Suisses (ou plutôt les Genevois) ne se contentèrent pas seulement d'innover mais ils furent d'excellents commerçants et furent soutenus dans cette activité par leur système bancaire. Dès le début, la production horlogère fut orientée vers l'exportation. Des marchands se spécialisèrent dans le commerce des montres. Ils voyagèrent dans les pays d'écoulement et furent ainsi à même d'adapter la production au goût des clientèles locales.

Au début, les horlogers suisses se contentèrent de copier - pour ne pas dire pirater - des modèles français ou anglais, qu'ils pouvaient vendre à plus bas prix grâce à une main-d'oeuvre meilleur marché, des méthodes de production plus efficaces et un marketing plus agressif. Lorsque l'industrie horlogère s'établit véritablement, ils se mirent à développer leurs propres créations.

Les différentes pièces détachées étaient réalisées par des ouvriers qui travaillaient à domicile dans la campagne genevoise. Il s'agissait de paysans qui se convertissaient à l'horlogerie durant les longs et improductifs mois d'hiver. Une fois usinées, les pièces étaient retournées aux artisans de la ville qui se chargeaient de l'assemblage et des travaux de finition.

Montre de poche par Roches & Eynouf, Genève, 1740-1750 (nouvelle fenêtre)

Montre de poche par Roches & Eynouf, 1740-1750. La cartouche émaillée représente un paysage avec ruines.. La cartouche émaillée représente un paysage avec ruines.© Swiss National Museum Zurich LM-34975

Décoration

Autrefois, les montres ne ressemblaient que lointainement aux objets relativement austères que l'on connaît aujourd'hui. Elles n'étaient pas portées au poignet (la montre-bracelet est une invention du XXème siècle) mais montées sur des chaînettes et portées en pendentifs, et constituaient de véritables articles d'orfèvrerie dont la fonction ne se limitait pas à indiquer l'heure.

L'un des points forts de l'artisanat genevois était la décoration. La technique d'émaillage, qui consistait à appliquer une fine couche d'émail translucide sur des couleurs peintes pour leur donner un éclat laiteux, fut inventée à Genève en 1760.

«Ils y ont aussi foison de fer et de bons ouvriers de cette matiere : ils nous surpassent de beaucoup, et en outre il n'y a si petite église, où il n'y ait un horologe et quadran magnifiques. [...] Ils ont cela que leur horologe dans la ville, non pas au fauxbourgs, sone tousjours les heures d'une heure avant le temps. S'il sone dix heures, ce n'est à dire que neuf : parce, disent-ils, qu'autrefois une tele faute de leur horologe fortuite preserva leur ville d'une entreprise qu'on y avoit faite.»

Michel de Montaigne (1533 - 1592), Journal du voyage en Italie, par la Suisse, et l'Allemagne en 1580 & 1581