Les marginaux
Theresia Duardt, l'une des 200 'apatrides' photographiés par Carl Durheim en 1852-1853 en vue de leur enregistrement dans un registre central de police. C'est la première fois dans le monde que l'on créait un tel registre photographique. Les photos se trouvent aujourd'hui aux Archives fédérales à Berne.© Carl Durheim
L'occupation française de la Suisse à la fin du XVIIIe siècle a supprimé les principales inégalités qui existaient auparavant selon que l'on habitait dans telle ou telle partie du pays. Quelques groupes sociaux restent cependant dépourvus de certains droits élémentaires.
Les Juifs
Pendant des siècles, les droits des juifs en Suisse sont considérablement restreints et à certaines périodes, les juifs sont ouvertement persécutés, à l'instar d'ailleurs de ce qui se passe dans d'autres régions d'Europe occidentale.
Dès le milieu du XIVe siècle, les juifs sont interdits de séjour dans les villes et ils seront plus tard obligés de résider dans un certain nombre de lieux déterminés. Dès le XVIIIe siècle, de nouvelles restrictions sont imposées. Les juifs n'ont le droit de résider en Suisse que dans deux villages de l'actuel canton d'Argovie: Lengnau et Endingen.
En 1798, sous le régime de la République helvétique, ils obtiennent le droit de choisir librement leur lieu de résidence et leur profession mais après l'Acte de Médiation, d'anciennes restrictions sont restaurées. Ce n'est que dans les années 1860 que les juifs obtiennent le droit de vote et que le libre choix du lieu de résidence et de la profession est réintroduit. La Constitution révisée de 1874 leur reconnaît la liberté religieuse.
Les apatrides
Ceux que l'on appelle les "apatrides" sont des personnes qui ne sont enregistrées officiellement comme citoyens dans aucune commune du pays. Ils sont généralement condamnés à une vie de vagabondage.
Les raisons pour lesquelles ils ont perdu leur droit d'appartenir à une commune peuvent être multiples: ils ne s'occupent pas de leurs enfants, vivent 'dans le péché' (c'est-à-dire avec un partenaire avec lequel ils ne sont pas mariés), ont déserté ou sont frappés d'ostracismes pour des raisons politiques ou religieuses.
En 1850, une loi sur les apatrides vise à combattre le vagabondage et à donner des droits de citoyenneté à tous. Avant son entrée en vigueur, beaucoup de communes tentent par tous les moyens d'expulser leurs apatrides afin d'éviter d'avoir à leur accorder assistance – comme le prévoit la nouvelle loi. (L'idée de la loi est en effet d'empêcher que des personnes dans le besoin vivant dans une certaine commune n'aillent mendier dans une autre commune).

