La «suissitude»: un mythe?
La Suisse se trouve dans une situation tout à fait inhabituelle: elle abrite trois des principales langues européennes et n'a malgré cela pas de langue qui lui soit propre, mis à part le romanche qui n'est en réalité parlé que par 0,6 % de la population.
Quelle que soit la langue qu'elles parlent, les différentes communautés suisses ont des liens linguistiques et culturels avec le voisin immédiat le plus important. En effet il est plus facile à un Genevois de parler avec un Parisien qu'avec un Bernois pourtant suisse lui aussi ! De même, il est plus facile à un Tessinois de lire le «Corriere della Sera» milanais que le «Neue Zürcher Zeitung».
Selon leur langue les communautés mangent différemment, ont des coutumes et des traditions toutes autres. Pour tout dire leur histoire commune remonte à à peu près deux cents ans. Avant l'invasion napoléonienne de 1798 certains des cantons régnaient sur d'autres parties de la Suisse. Les habitants de ce qui est aujourd'hui le canton de Vaud, par exemple, étaient des sujets bernois, mais ne jouissaient pas des mêmes droits que les Bernois.
Les Suisses eux-mêmes se demandent parfois ce qu'ils peuvent avoir en commun à part leur passeport. Ils ne sauraient définir ce qui fait qu'ils sont Suisses. Les Suisses prétendent que ce qui les maintient ensemble, c'est le simple désir de rester unis. L'attitude générale est résumée par la formule «unité sans uniformité».

